Dans les journaux ces derniers jours, nous avons pu lire que l’espoir secret du Gouvernement Arizona est de voir une bonne partie des malades de longue durée revenir au travail. Ils ont imaginé une prime de 1800€ mais qui n’a pas convaincu les foules. Seulement 200 personnes sont revenues au travail sur les 500 000 malades de longue durée ce qui correspond à 0,04% !
Pourquoi cette prime n’a-t-elle pas séduit plus de monde ?
L’Arizona ne pense qu’au fric
Si cette prime de 1800€ devait séduire les masses, c’est bien parce que ce Gouvernement a des a priori négatifs sur les non-actifs. Après les demandeurs d’emploi qui, feraient de l’inactivité et de la perception des allocations de chômage, un choix de carrière, ce sont les malades qui sont dans le viseur. Ensuite, l’Arizona tente d’économiser 1,9 milliard avec la remise au travail des malades de longue durée. Et finalement, pourquoi pas aller chercher l’argent là-bas plutôt que d’aller toquer aux épaules les plus larges ?
Le travail rend malade
L’Arizona devrait plutôt s’attacher à trouver les causes de la maladie, plutôt qu’à chasser les malades.
Le travail rend malade, c’est un constat : l’allongement des carrières, le report de l’âge de la pension, la flexibilité accrue, les rythmes divers et variés usent. Le travail n’est peut-être pas plus lourd en soi qu’il y a 50 ans mais d’autres facteurs induisent de la pénibilité et font qu’on ne peut pas arriver en bonne santé à 67 ans ! Si nous continuons à ce rythme-là, de plus en plus de gens mourront avant d’être à la pension. L’espérance de vie en bonne santé diminue déjà.
Est-ce qu’augmenter la flexibilité, multiplier les heures supplémentaires, diminuer le temps de travail minimum, limiter les préavis, faire travailler la nuit ou le dimanche va améliorer la santé des travailleurs ? Vous ne trouverez personne d’un peu sérieux pour le soutenir. Pourtant le Gouvernement impose toutes ces mesures. Pire, dans le même temps, il chasse les malades.
Des statistiques qui en disent long !
Regardons d’un peu plus près les statistiques des malades de longue durée. On constate que leur nombre explose littéralement au-delà de 50 ans. Pourquoi cette explosion ? Parce qu’il y a de moins en moins de dispositifs qui permettent de décélérer après 50 ans.
En 2001, pour remplacer les systèmes de pause carrière, un superbe outil a été mis en place : le crédit-temps, en particulier, le crédit-temps 50 ans et plus appelé « emplois d’atterrissage ». Vous pouvez alors décélérer en 4/5e temps ou un mi-temps avec un complément de l’ONEm. Toute cette période de décélération est alors assimilée pour la pension. Au fur et à mesure des économies à réaliser, et du sacro-saint principe du « tous à l’emploi », les différents gouvernements ont restreint ces possibilités de décélération.
Il en a été de même pour les prépensions, devenues RCC, rendues toujours plus inaccessibles en pratique tant les conditions d’accès ont été renforcées , l’âge reporté ou encore les assimilations pour la pension restreintes.
Ces outils permettaient pourtant l’arrivée des jeunes sur le marché du travail, leur formation sur le terrain, tout en permettant aux travailleurs en fin de carrière d’alléger leur rythme et d’éviter de tomber malades.
Des solutions humaines en berne !
Pendant ce temps-là, rien n’a été fait pour rendre le travail plus soutenable. Aucune réduction collective du temps de travail n’a pu être engrangée non plus ces dernières années malgré les gains de productivité. Une CCT 104 a bien été négociée au niveau du Conseil National du Travail sans force obligatoire et sans contenu réel dans les entreprises. Et pendant ce temps, toujours plus de flexibilité des horaires, d’heures de travail atypiques, d’heures supplémentaires qui usent toujours davantage.
Les statistiques montrent clairement que l’on travaille plus longtemps. Toutes ces inactions et ces régressions ont conduit à une situation où de nombreux travailleurs sont poussés à bout. En pratique, on a amené les gens à être épuisés au travail et à ne plus avoir d’autre « solution » que de tomber malades. Et ce n’est ni une solution ni un choix, c’est simplement le corps qui lâche.
Trouver des solutions adaptées via la concertation sociale
La richesse des entreprises, ce sont les travailleurs. C’est eux qui créent la richesse, qui la produisent, pas les entreprises. Avoir des travailleurs en bonne santé, c’est ce qui fait la pérennité et la croissance de l’entreprise.
Quels sont les employeurs qui ont cette vision-là ? Trop peu malheureusement.
Mettre à l’agenda des secteurs et des entreprises la question du bien-être au travail est une nécessité pour tous. En fonction de la pénibilité, de la flexibilité et des réalités de terrain, il est indispensable de construire des solutions concrètes pour éviter que les travailleurs ne s’abîment au travail. Cela passe par la concertation à tous les niveaux.
Il est impératif de discuter dans les entreprises d’une vraie politique de réintégration, de postes adaptés pour ceux qui rentrent mais aussi pour ceux qui sont là et ne sont pas encore malades afin d’éviter qu’ils ne le deviennent. Il y a de l’espace pour trouver des solutions négociées entre le retour dans le poste de travail et le licenciement pour force majeure médicale.
Des sujets pour l’AIP
Dans quelques mois, nous devrions à nouveau autour de la table pour discuter AIP : salaires, bien -être, fin de carrière, encadrement de la précarité, encadrement de la flexibilité. Ce sont, par essence, des sujets de concertation sociale. Or aujourd’hui, le Gouvernement nous confisque littéralement le droit de négocier en s’immisçant dans tous ces sujets.
Le bien-être au travail, la capacité d’avoir une longue carrière où on continue à bien vivre au travail, sans épuisement, quel que soit l’âge nécessitent un dialogue social à chaque niveau : secteur et entreprise et pas des dispositifs légaux pris dans des cabinets feutrés décrochés de la réalité.
Cela nécessite d’avoir des dispositifs qui permettent des rythmes soutenables, la RCTT, la maladie, des « pauses » dans la carrière, sans pour autant être pénalisé une fois la pension venue.
La prévention avant tout
Quand est-ce que nos Gouvernements, qui veulent d’une part augmenter le taux d’emploi et d’autre part qui veulent un nombre de malades moins grand, vont songer à trouver des solutions en amont de la maladie et pas en aval quand il s’agit alors juste de sanctionner.
Des solutions existent ! Avoir des plans clairs à partir de 45 ans via la CCT 104 pour pouvoir aménager le temps de travail, l’outil de travail, le rythme de travail, aller vers une réduction collective du temps de travail ciblée en fonction de l’âge (avec embauche pour le temps libéré), aller vers des mécanismes d’emploi d’atterrissage avec remplacement pour mettre les jeunes au travail, pour assurer la formation via des tutorats,… Avoir des RCC coûtent moins cher à l’Etat que des malades de longues durée. On ne l’écrira jamais assez, tout cela résulte de choix politiques.
Que préférez -vous ? L’heure du choix
En réalité, la question est simple. Voulons-nous voir les travailleurs terminer leur carrière malades, épuisés, usés par des années de pression, ou leur permettre de lever le pied, grâce à des dispositifs comme le RCC ou le crédit-temps en fin de carrière ? Voulons-nous des travailleurs contraints de poursuivre avec un mi-temps médical, faute d’alternative, ou des parcours professionnels aménagés qui permettent de préserver leur santé jusqu’à la pension ?
Plutôt que de multiplier les recettes simplistes et de pointer du doigt de prétendus « profiteurs », il serait temps que le Gouvernement s’attaque aux véritables enjeux. Il s’agit de permettre à celles et ceux qui créent la richesse de ce pays de travailler dans des conditions soutenables et de terminer leur carrière dignement.
Car au fond, il ne s’agit pas seulement de chiffres ou de budgets. Il s’agit d’un choix de société. Entre des solutions humaines qui respectent les travailleurs et une logique qui les pousse à s’épuiser jusqu’à la rupture, il faut choisir.
Une autre politique de fin de carrière est possible. Elle est plus juste, plus respectueuse et, contrairement à ce que certains prétendent, elle est parfaitement payable.
